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Le '''wayãpi''' (prononcer <font color=green>[wajã'pi]</font color=green>) se trouve aussi, dans certains travaux plus ou moins anciens, sous les orthographes [[oiampí]], [[oiumpian]], [[oyampí]], [[oyapí]], [[wajapi]], [[wayapi]]. En anglas, l'orthographe qui est désormais la plus répandue est la forme [[wayampi]]. En portugais et en wayãpi du Brésil, on trouve de nos jours surtout la forme [[wajãpi]].
Le wayãpi (prononcé [wajã'pi]) est attesté dans la littérature sous un ensemble d’orthographes reflétant la diversité des traditions descriptives et des contextes de collecte. Parmi les formes relevées figurent notamment wayampi, oiampí, oyampí, oyapí, wajapi et wayãpi. Ces variantes témoignent à la fois de l’évolution des pratiques de transcription et des influences linguistiques propres aux chercheurs ayant travaillé sur cette langue. Dans les publications contemporaines, la forme wayampi s’est imposée comme la graphie la plus courante en anglais et en portugais, tandis que la tradition francophone privilégie aujourd’hui l’usage de wajãpi.


'''Aire géographique''' :


Le wayãpi est une langue de Guyane française également parlée au Brésil. En Guyane, il est employé par plusieurs communautés établies le long du fleuve Oyapock, où il constitue la langue quotidienne de la vie familiale et communautaire. Au Brésil, il est utilisé dans l’ouest de l’État d’Amapá, au sein de la Terre indigène wayãpi. Selon les données du SIL publiées en 2008, la langue pourrait également être parlée de manière sporadique sur la rivière Paru de l’Est, dans le nord‑est du Pará, bien que cette information n’ait pas été confirmée et demeure donc incertaine.


'''Aire géographique''' :  
'''Situation typologique (famille de langues)''' :  
Il s'agit d'une [[:Category:langues de Guyane française|langue de Guyane française]] qui est également parlée au Brésil. En Guyane Française, le wayãpi est parlé par plusieurs communautés réparties le long du fleuve Oyapock. Au Brésil, il est parlé à l'ouest de l'état d'Amapá. D'après SIL.org (2008), il serait aussi parlé sporadiquement sur la rivière de l'est Paru au nord est de Pará. Ce dernier fait n'est toutefois pas confirmé.
Le wayãpi est une langue amérindienne appartenant à la famille tupi‑guarani, rattachée à la branche VIII dans la classification historique proposée par Rodrigues et Cabral (1984). Cette famille s’inscrit elle‑même dans le phylum des langues tupi.


'''Situation typologique (famille de langues)''' :
Avec le teko, le wayãpi constitue l’une des langues tupi‑guarani situées à l’extrémité nord de l’aire actuelle de diffusion de la famille. Bien que la classification le place à proximité du teko, le wayãpi s’en distingue nettement. Les deux langues présentent certains traits grammaticaux communs, mais leurs systèmes phonologiques et leurs lexiques diffèrent de manière substantielle. On observe également un nombre significatif de faux amis, ce qui rend l’intercompréhension difficile, à l’exception des contextes de contact étroit comme celui de Camopi.
Il s'agit d'une [[:Category:langues amérindiennes|langue amérindienne]] appartenant à la famille [[:Category:langues tupi-guarani|tupi-guarani]] (branche VIII de la classification historique des langues tupi-guarani de Rodrigues & Cabral (1984)) qui, elle-même, appartient au phylum des langues dites tupi. Le wayãpi est, avec le teko, la langue tupi-guarani qui est parlée le plus au nord de l'aire géographique actuelle des langues [[:Category:langues tupi-guarani|tupi-guarani]].  


Bien qu'étant considéré à la suite de classification mentionnée ci-dessus comme proche du teko, le wayãpi s'en distingue en réalité assez fortement. Si l'organisation grammaticale de ces deux langues présente indéniablement un certain nombre de points communs, leur phonologie et leur lexique sont dans les faits très différents. Il en résulte que, à l'exception des Wayãpi de Camopi (où les Wayãpi côtoient des Teko), l'intercompréhension entre le wayãpi et le teko est très difficile. On pourra noter en particulier un nombre relativement important de faux amis entre les deux langues.  
'''Principaux dialectes''' : Les parlers wayãpi se répartissent en deux grandes aires dialectales.


'''Principaux dialectes''' : Les différents parlers wayãpi peuvent être regroupées en deux grandes aires dialectales.
Le wayãpi septentrional, également appelé wayãpi de l’Oyapock, est parlé en Guyane française au sein de deux communautés distinctes. Au nord se trouve Camopi, où les Wayãpi vivent en cohabitation avec les Teko. Plus au sud, la communauté de Trois Sauts se répartit en quatre villages, Yawapa, Pina, Zidoc et Roger. Les variétés parlées à Camopi et à Trois Sauts présentent un degré élevé de proximité, bien que quelques différences mineures puissent être observées.
* Le wayãpi septentrional (ou wayãpi guyanais, ou wayãpi de l'Oyapock) est parlé en Guyane française par deux communautés distinctes : au nord, celle du village de Camopi (où les Wayãpi cohabitent avec des Teko), au sud, celle dite de Trois Sauts. Cette dernière communauté se répartit elle-même géographiquement le long de l'Oyapock en quatre villages distincts : Yawapa, Pina, Zidoc et Roger. Les groupements de Camopi et de Zidoc sont ceux dont la population wayãpi est la plus nombreuse. Même si quelques différences existent, les parlers wayãpi parlés à Camopi et à Trois Sauts sont très proches l'un de l'autre.
* Le wayãpi méridional (ou wayãpi brésilien, ou wayãpi-puku) est parlé au Brésil, dans une centaine de villages (IEPÉ, 2019) répartis dans le centre-ouest de l’état brésilien de l’Amapá, au sein de la Terre indigène wayãpi, une région forestière délimitée par les rivières Amapari, Jari, et Inipucú. On distingue habituellement deux variantes dialectales, très proches l'une de l'autre : celle de l'Amapari et celle du Jari. Le wayãpi méridional présente un certain nombre de divergences (phonologiques, grammaticales et lexicales) par rapport au wayãpi septentrional. Les deux dialectes demeurent toutefois à l'heure actuelle parfaitement intelligibles entre eux.


Le wayãpi méridional, ou wayãpi‑puku, est quant à lui parlé au Brésil dans une centaine de villages situés dans la Terre indigène wayãpi, une vaste région forestière délimitée par les rivières Amapari, Jari et Inipucú. Deux variantes très proches sont généralement distinguées, celle de l’Amapari et celle du Jari. Le wayãpi méridional diffère du wayãpi septentrional sur les plans phonologique, grammatical et lexical, mais ces divergences n’entravent pas l’intercompréhension, qui demeure aujourd’hui très bonne.
: [code ISO-639] : [https://iso639-3.sil.org/code/oym oym]
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▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Transmission_inter-générationnelle_de_la_langue|Facteur 1]] :  
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Transmission_inter-générationnelle_de_la_langue|Facteur 1]] :  
La transmission inter-générationnelle est sûre dans la plupart des communautés wayãpi, que ce soit en Guyane française ou au Brésil. La pression linguistique du français et du portugais ne semble pas affecter, tout du moins pour le moment, la transmission intergénérationnelle. La langue est parlée au quotidien par toutes les générations. Certains Wayãpi, pour l'essentiel quelques personnes âgées et quelques femmes, ne parlent que le wayãpi.
La transmission intergénérationnelle du wayãpi demeure assurée dans la majorité des communautés, tant en Guyane française qu’au Brésil. À ce jour, la pression linguistique exercée par le français et le portugais ne semble pas compromettre la continuité de la transmission. La langue est utilisée quotidiennement par l’ensemble des générations. Dans certains cas, notamment parmi quelques personnes âgées et certaines femmes, le wayãpi constitue la seule langue parlée.


==== Nombre absolu de locuteurs ====
==== Nombre absolu de locuteurs ====


▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Nombre_absolu_de_locuteurs|Facteur 2]] :  
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Nombre_absolu_de_locuteurs|Facteur 2]] :  
D'après socioambiental.org (2023), au début des années 1990 on comptabilisait 498 Wayãpi au Brésil (recensement de 1994) et 412 en Guyane française (recensement de 1992). Toutefois, en raison de la baisse de la mortalité infantile et, surtout côté guyanais, de la sédentarisation désormais quasi systématique, la population de Wayãpi croît fortement. Ainsi, d'après Léglise & Migge (2007 : 267), en 1999, Trois Sauts comptait environ 500 locuteurs de wayãpi et Camopi approximativement 700. SIL.org (2008) affirme qu'il existait au début des années 2000 quelques milliers de locuteurs de Wayãpi. En l'absence de recensement récent, on estimait au début des années 2010 la population des Wayãpi de Guyane française à environ 2000 individus. Au Brésil, les statistiques sont plus précises puisque, en 2019, l'IEPÉ dénombrait précisément 1454 Wayãpi au sein de la Terre indigène wayãpi.  
Selon socioambiental.org (2023), les recensements des années 1990 indiquaient 498 Wayãpi au Brésil (1994) et 412 en Guyane française (1992). La croissance démographique s’est ensuite accélérée, en raison d’une baisse de la mortalité infantile et, en Guyane, d’une sédentarisation désormais quasi généralisée. D’après Léglise et Migge (2007 : 267), Trois Sauts comptait environ 500 locuteurs en 1999, tandis que Camopi en regroupait approximativement 700. SIL.org (2008) estime qu’au début des années 2000, plusieurs milliers de personnes parlaient le wayãpi. En l’absence de recensement récent, la population wayãpi de Guyane française était évaluée à environ 2000 individus au début des années 2010. Au Brésil, les données sont plus précises : en 2019, l’IEPÉ dénombrait 1454 Wayãpi dans la Terre indigène wayãpi.  


==== Proportion de locuteurs dans la population globale ====
==== Proportion de locuteurs dans la population globale ====


▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Proportion_de_locuteurs_dans_la_population_globale|Facteur 3]] :  
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Proportion_de_locuteurs_dans_la_population_globale|Facteur 3]] :  
Au Brésil, où la langue est également enseignée massivement à l'école primaire, elle est de 100 %. En Guyane française, où les enfants ne bénéficient pas d'un enseignement complet en wayãpi, la proportion semble être également de 100 %. En 2011, à Trois Sauts, tout Wayãpi parlait encore le wayãpi en qualité de locuteur natif. A Camopi, où le plurilinguisme est plus important qu'à Trois Sauts, la situation sociolinguistique n'est pas connue avec précision.  
Au Brésil, où le wayãpi est largement enseigné à l’école primaire, la proportion de locuteurs est de 100 %. En Guyane française, malgré l’absence d’un enseignement complet en wayãpi, la proportion semble également atteindre 100 %. À Trois Sauts, tous les membres de la communauté parlaient encore le wayãpi comme langue première. À Camopi, où le plurilinguisme est plus marqué, la situation sociolinguistique reste moins bien documentée.  


==== Tendances dans les domaines des langues en présence ====
==== Tendances dans les domaines des langues en présence ====


▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Tendances_dans_les_domaines_des_langues_en_présence|Facteur 4]] :  
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Tendances_dans_les_domaines_des_langues_en_présence|Facteur 4]] :  
On observe une situation de diglossie qui est plus ou moins prononcée selon les communautés. D'une manière générale, malgré un nombre de plus en plus important de Wayãpi maîtrisant le français (en Guyane française) ou le portugais (au Brésil), l'usage de ces langues dominantes est généralement réservé au domaine officiel et public avec les acteurs externes à la communauté (personnel soignant, représentants de l'ordre public, commerçants). Le wayãpi, qui est employé dans tous les autres contextes de communication, demeure la langue du quotidien. On peut aussi signaler qu'un nombre relativement important d'unités lexicales sont empruntés par les locuteurs wayãpophones à la langue dominante (français, portugais) et, plus particulièrement en Guyane française, également aux autres langues environnantes (langues créoles).  
La situation linguistique se caractérise par une diglossie dont l’intensité varie selon les communautés. Malgré une maîtrise croissante du français en Guyane et du portugais au Brésil, l’usage de ces langues dominantes demeure principalement associé aux interactions officielles ou publiques impliquant des acteurs extérieurs (personnel médical, représentants de l’ordre, commerçants). Le wayãpi reste la langue privilégiée dans les contextes quotidiens et intra‑communautaires. On observe par ailleurs un nombre significatif d’emprunts lexicaux au français, au portugais et, en Guyane, aux langues créoles environnantes.  
   
   
==== Réponse aux nouveaux domaines et médias ====
==== Réponse aux nouveaux domaines et médias ====


▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Réponse_aux_nouveaux_domaines_et_médias|Facteur 5]] :
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Réponse_aux_nouveaux_domaines_et_médias|Facteur 5]] : Le degré d’intégration du wayãpi dans les nouveaux domaines de communication et les médias contemporains reste limité et dépend fortement des initiatives locales. Quelques projets éducatifs ou culturels favorisent l’usage de la langue dans des supports modernes, mais l’accès aux technologies numériques demeure inégal selon les communautés. La présence du wayãpi dans les médias écrits, audiovisuels ou en ligne reste marginale.  
 
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==== Matériel pédagogique et accès à l'écrit ====
==== Matériel pédagogique et accès à l'écrit ====
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▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Matériel_pédagogique_et_accès_à_l'écrit|Facteur 6]] = 2 (en Guyane française) ; 3, voire 4 (au Brésil)  
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Matériel_pédagogique_et_accès_à_l'écrit|Facteur 6]] = 2 (en Guyane française) ; 3, voire 4 (au Brésil)  


En Guyane française, quelques polycopiés "élémentaires" (abécédaires, listes d'unités lexicales, exercices à trou) ont été rédigés par des membres de l'Education Nationale non wayãpophones en utilisant un système d'écriture, exclusivement phonétique, qui a été introduit à l'origine par des ethnologues français dans les années 1970. Quelques petits récits en vidéo illustrés et racontés par des enfants wayãpi ont également été réalisés dans un cadre scolaire, notamment à Camopi. Certains de ces récits présentent du texte en wayãpi rédigé au moyen du même système d'écriture. D'une manière plus générale, les Wayãpi de Guyane ont tout de même fini par adopter ce système d'écriture, dont la particularité est de contenir certains caractères de l'A.P.I. qui ne peuvent pas être tapés aisément avec un clavier usuel. Ceci ne les empêche toutefois pas de communiquer entre eux par sms ou via les réseaux sociaux, moyennant quelques adaptations graphiques (graphème <+> au lieu du graphème <ɨ> pour noter le phonème /ɨ/, trait de nasalité des voyelles nasales phonologiques non notés, fluctuation dans la notation de certaines voyelles et dans la segmentation en mots graphiques).
En Guyane française, l’accès à l’écrit en wayãpi demeure limité et repose essentiellement sur quelques documents pédagogiques élémentaires produits dans le cadre scolaire. Ces supports, tels que des abécédaires, des listes lexicales ou des exercices à trou, ont été élaborés par des membres de l’Éducation nationale ne parlant pas le wayãpi, à partir d’un système d’écriture strictement phonétique introduit par des ethnologues français dans les années 1970. Quelques récits vidéo illustrés, réalisés en milieu scolaire et racontés par des enfants wayãpi, utilisent également ce même système graphique. De manière générale, les Wayãpi de Guyane ont fini par adopter cette orthographe, bien qu’elle comporte certains signes empruntés à l’Alphabet Phonétique International, difficiles à saisir avec un clavier standard. Malgré ces contraintes, les locuteurs utilisent largement l’écriture dans leurs communications quotidiennes par messagerie ou sur les réseaux sociaux, en recourant à diverses adaptations graphiques, comme l’emploi du signe plus pour noter le phonème /ɨ/, l’omission du trait de nasalité ou une certaine fluctuation dans la notation des voyelles et la segmentation des mots.


Au Brésil, l'accès à l'écrit des Wayãpi est bien plus avancé qu'en Guyane française. L'IEPÉ, dont l'une des missions consiste à former des enseignants wayãpi dans le cadre d'un enseignement bilingue wayãpi-portugais, a développé divers supports pédagogiques. Le système d'écriture qui est utilisé pour cela est très proche de celui employé pour noter les autres langues tupi-guarani au Brésil (mais aussi celles du Paraguay, de Bolivie et d'Argentine) depuis plusieurs siècles. Son atout principal est de n'utiliser que des caractères tapables avec un clavier usuel. Un certain nombre d'adultes wayãpi brésiliens ("os pesquisadores e professores Wajãpi") ont été spécifiquement formés dans les années 2000 pour raconter par écrit leurs savoirs dans le cadre d'un projet mené, notamment, par l'anthropologue brésilienne Dominique Gallois. Il en a résulté un corpus écrit monolingue relativement important pour une langue d'Amazonie, dont malheureusement une partie seulement est en accès libre sur internet. Grâce au travail accompli par certain.e.s anthropologues brésilien.ne.s, il existe également quelques supports en wayãpi qui traitent de divers aspects sanitaires. L'alphabétisation en langue maternelle étant déjà ancienne et les réseaux de téléphonie étant plus développé au Brésil qu'en Guyane française, les Wayãpi du Brésil emploient massivement ce système d'écriture pour communiquer entre eux par sms ou via les réseaux sociaux.
Au Brésil, l’accès à l’écrit est nettement plus développé. L’IEPÉ, institution chargée notamment de la formation d’enseignants wayãpi dans le cadre d’un enseignement bilingue wayãpi-portugais, a produit un ensemble varié de supports pédagogiques. Le système d’écriture utilisé s’inscrit dans la tradition graphique des langues tupi‑guarani du Brésil, du Paraguay, de Bolivie et d’Argentine, et présente l’avantage de n’utiliser que des caractères accessibles sur un clavier usuel. Au cours des années 2000, plusieurs adultes wayãpi, désignés comme chercheurs et enseignants wajãpi, ont été formés pour consigner par écrit leurs savoirs dans le cadre d’un projet mené notamment par l’anthropologue Dominique Gallois. Ce travail a abouti à la constitution d’un corpus monolingue relativement important pour une langue amazonienne, dont seule une partie est librement accessible en ligne. Par ailleurs, grâce aux initiatives de plusieurs anthropologues brésiliens, il existe également des documents en wayãpi portant sur divers aspects sanitaires. L’alphabétisation en langue maternelle étant ancienne et les réseaux de téléphonie mobile plus développés qu’en Guyane, les Wayãpi du Brésil utilisent massivement ce système d’écriture dans leurs communications numériques quotidiennes.


Mentionnons pour terminer l'existence d'un certain nombre de documents évangéliques en langue wayãpi, notamment au Brésil : une version en wayãpi de l'Amapari (audio et sous-titres) du film ''Jésus'' de Peter Sykes et John Krish, une traduction - très libre - du Nouveau Testament en wayãpi de l'Amapari, quelques petits contenus vidéo racontant des passages de la Bible en wayãpi de Guyane.
Enfin, il convient de mentionner l’existence de documents évangéliques en langue wayãpi, principalement au Brésil. Parmi ceux-ci figurent une version en wayãpi de l’Amapari, en audio et sous-titres, du film Jésus de Peter Sykes et John Krish, une traduction libre du Nouveau Testament en wayãpi de l’Amapari, ainsi que quelques contenus vidéo relatant des passages bibliques en wayãpi de Guyane.


==== Politique linguistique ====
==== Politique linguistique ====
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▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Politique_linguistique|Facteur 7]] = 1 'assimilation forcée' (en Guyane française) ; 3 'assimilation passive (au Brésil)
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Politique_linguistique|Facteur 7]] = 1 'assimilation forcée' (en Guyane française) ; 3 'assimilation passive (au Brésil)


En Guyane française, l'assimilation est active, voire même forcée (Launey, 2012; Tritsch, 2013). La langue dominante, le français, est la seule langue officielle. La France ayant signé mais pas ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires, le wayãpi ne jouit d'aucun intérêt véritable de la part des institutions de ce pays. A l'école primaire, il n'y a, au plus, qu'une heure de wayãpi par semaine. Aucun linguiste (phonologue et/ou grammairien) n'est jamais consulté pour développer, en collaboration avec des Wayãpi, du matériel pédagogique et/ou didactique.
En Guyane française, la politique linguistique appliquée aux populations wayãpi relève d’une logique d’assimilation active, parfois qualifiée de forcée dans la littérature spécialisée. Le français, seule langue officielle, occupe l’ensemble des domaines institutionnels, et l’État ne reconnaît aucun statut particulier au wayãpi, la France ayant signé mais non ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. À l’école primaire, l’enseignement du wayãpi se limite à une heure hebdomadaire au maximum, ce qui ne permet pas de structurer une véritable politique éducative en langue maternelle. Aucun spécialiste de la langue, qu’il s’agisse de phonologues ou de grammairiens, n’est sollicité pour élaborer, en collaboration avec les communautés, du matériel pédagogique ou didactique adapté. Dans ce contexte, la transmission et la valorisation du wayãpi reposent essentiellement sur les pratiques internes aux communautés, sans soutien institutionnel significatif.


Le Brésil ayant signé et ratifié la Convention 169 de l'Organisation internationale du travail relative aux peuples indigènes et tribaux "les populations [autochtones] y ont des droits spécifiques et un système d’éducation adapté" (Launey, 2014). Il en résulte que, même si le portugais est considéré comme la seule langue officielle, le regroupement des populations autochtones de ce pays au sein de ''Terres indigènes'' spécifiques rend possible un enseignement bilingue. Néanmoins, l'attitude du gouvernement central brésilien à l'égard des populations autochtones dépend fortement de son bord politique. Le cadre juridique et le travail réalisé par certains organismes publics (FUNAI), associations indigénistes (IEPÉ, Instituto Socioambiental) visent cependant, malgré les pressions en tout genre, à protéger de plus en plus les langues et les cultures des populations autochtones, wayãpi y compris.
Au Brésil, la situation est sensiblement différente. Le pays a signé et ratifié la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, qui reconnaît aux populations autochtones des droits spécifiques, notamment en matière d’éducation. Bien que le portugais demeure la seule langue officielle, l’existence de Terres indigènes permet la mise en place d’un enseignement bilingue, dans lequel le wayãpi occupe une place importante. L’attitude du gouvernement central à l’égard des populations autochtones varie toutefois selon les orientations politiques, ce qui peut influer sur l’ampleur des programmes de soutien. Malgré ces fluctuations, le cadre juridique et le travail mené par certains organismes publics, tels que la FUNAI, ainsi que par des organisations indigénistes comme l’IEPÉ ou l’Instituto Socioambiental, contribuent à renforcer la protection des langues et des cultures autochtones, y compris celle des Wayãpi. Ces institutions jouent un rôle essentiel dans la promotion de l’enseignement bilingue, la formation d’enseignants autochtones et la production de matériel pédagogique en langue wayãpi.


==== Attitude des membres de la communauté vis-à-vis de la langue ====
==== Attitude des membres de la communauté vis-à-vis de la langue ====
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▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Attitude_des_membres_de_la_communauté_vis-à-vis_de_la_langue|Facteur 8]] = 4 (en Guyane française) ; 5 (au Brésil)  
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Attitude_des_membres_de_la_communauté_vis-à-vis_de_la_langue|Facteur 8]] = 4 (en Guyane française) ; 5 (au Brésil)  


Les Wayãpi sont particulièrement attachés à leur langue. Toutefois, dans la mesure où la transmission inter-générationnelle de la langue est encore excellente et certaines communautés sont encore particulièrement isolées (Trois Sauts, Jari), la plupart d'entre eux ne semble pas encore percevoir le risque de transfert linguistique qui pèse à terme sur eux. Ce risque est d'autant plus important que les jeunes générations, une fois arrivées à l'adolescence, manifestent de plus en plus un rejet de tout ce qui à un rapport quelconque avec leur culture traditionnelle. Ce phénomène est particulièrement prégnant en Guyane française, où la situation sociale est bien plus dégradée qu'au Brésil.
Les Wayãpi manifestent un attachement profond à leur langue, tant en Guyane française qu’au Brésil. Dans les deux contextes, le wayãpi demeure un marqueur identitaire central et un élément structurant de la vie communautaire. Toutefois, en raison de la transmission intergénérationnelle encore très solide et de l’isolement relatif de certaines communautés, notamment à Trois Sauts et dans la région du Jari, la perception du risque de transfert linguistique reste limitée. La vitalité actuelle de la langue tend à masquer les pressions externes qui pourraient, à terme, fragiliser son usage.
 
Ce risque est accentué par les attitudes observées chez une partie des jeunes générations, qui, à l’adolescence, expriment parfois un rejet des pratiques culturelles traditionnelles. Ce phénomène est particulièrement marqué en Guyane française, où la situation sociale est plus dégradée qu’au Brésil et où les dynamiques de marginalisation, de scolarisation en français et de contact intensif avec les institutions extérieures peuvent contribuer à une distanciation vis‑à‑vis de la langue et de la culture wayãpi. Au Brésil, bien que des évolutions similaires puissent être observées, elles semblent moins prononcées, en partie grâce au cadre juridique plus favorable et à la présence d’un enseignement bilingue structuré.


==== Quantité et qualité de documentation ====
==== Quantité et qualité de documentation ====
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▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Quantité_et_qualité_de_documentation|Facteur 9]] = 2  
▶ [[Fiche_type_pour_l'inventaire#Quantité_et_qualité_de_documentation|Facteur 9]] = 2  


La documentation linguistique est insuffisante. Pour ce qui est du wayãpi septentrional, il s'agit pour l'essentiel d'un dictionnaire bilingue wayãpi-français (Grenand, 1989), qui explore surtout les champs lexicaux de la faune, de la flore et de l'artisanat, ainsi que deux ébauches grammaticales (Grenand, 1980; Copin, 2012), qui ont été rédigées dans des cadres théoriques différents. Concernant le wayãpi méridional, il existe un certain nombre d'articles publiés, notamment par des linguistes missionnaires du ''Summer Institute of Linguistics'', traitant de phonétique historique et de quelque point particulier de phonologie ou de grammaire. Il est à noter que la plupart de ces articles sont inaccessibles publiés pour la communauté des chercheurs.  
La documentation linguistique disponible sur le wayãpi reste limitée et ne permet pas encore de disposer d’une description complète de la langue. Pour le wayãpi septentrional, les ressources publiées se concentrent principalement sur une description grammaticale ancienne et sur un dictionnaire bilingue couvrant surtout les domaines de la faune, de la flore et de l’artisanat. Ces travaux constituent des jalons importants, mais ils ne fournissent qu’une vision partielle de la structure phonologique et morphosyntaxique, et ne reflètent pas toujours les usages contemporains de la langue.  
 
Concernant le wayãpi méridional, la documentation repose sur un ensemble de travaux produits au fil des décennies, incluant des descriptions préliminaires de la phonologie, des analyses de phénomènes morphosyntaxiques particuliers, ainsi que des études portant sur le développement historique de la langue. Plusieurs contributions récentes proposent des descriptions plus détaillées de la phonétique et de la phonologie du dialecte de l’Amapari, ainsi que des synthèses typologiques. Toutefois, une partie significative de ces travaux demeure difficile d’accès, soit parce qu’elle a été publiée dans des supports internes ou spécialisés, soit parce qu’elle n’est pas diffusée librement.
 
Dans l’ensemble, la documentation existante, qu’elle concerne le wayãpi septentrional ou le wayãpi méridional, reste fragmentaire. Elle ne permet pas encore de couvrir de manière exhaustive la diversité dialectale, les évolutions historiques ou les pratiques linguistiques actuelles. Cette situation justifie l’évaluation du facteur 9 à un niveau faible, malgré l’existence de travaux ponctuels de grande qualité et l’émergence récente de descriptions plus détaillées.


=== études sociolinguistiques ===
=== études sociolinguistiques ===
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=== descriptions linguistiques ===
=== descriptions linguistiques ===


* Baraúna, F. A. 2016. ''Perfil comparativo-tipológico das consoantes nasais em línguas da família Tupí-Guaraní'', Mémoire de master, Universidade Federal do Pará. [https://repositorio.ufpa.br/jspui/handle/2011/8119 texte].
* Carvalho, F. O. 2026. 'An outline of the phonetics and phonology of the Amapari dialect of Wajãpi (Tupi-Guarani)', ''ms.'' [https://www.researchgate.net/publication/361314130_An_outline_of_the_phonetics_and_phonology_of_the_Amapari_dialect_of_Wajapi_Tupi-Guarani texte].
* Carvalho, F. O. 2022. 'An outline of the phonetics and phonology of the Amapari dialect of Wajãpi (Tupi-Guarani)', ''ms.'' [https://www.researchgate.net/publication/361314130_An_outline_of_the_phonetics_and_phonology_of_the_Amapari_dialect_of_Wajapi_Tupi-Guarani texte].  
* Carvalho, F. O. 2023. Wajãpi (Brazil, French Guiana) – Language Snapshot, ''Language Documentation and Description'', 23(1):5. [https://www.lddjournal.org/article/id/1006/]
* Carvalho, F. O. 2023. Wajãpi (Brazil, French Guiana) – Language Snapshot, ''Language Documentation and Description'', 23(1):5. [https://www.lddjournal.org/article/id/1006/]
* Copin, F. 2012. ''Grammaire wayampi (famille tupi-guarani)'', Thèse de doctorat, Université Paris Diderot. [https://hal.science/tel-01547977 texte]
* Copin, F. 2023. 'Noms et verbes en wayãpi', ''Amerindia'', 44, pp. 135-213. [https://amerindia.cnrs.fr/noms-et-verbes-en-wayapi/]
* Copin, F. 2024. 'Antipassivization in Wayampi: Towards a syntactic account', LIAMES, 24, pp. 1-26''.'' [https://periodicos.sbu.unicamp.br/ojs/index.php/liames/article/view/8677194]
* Grenand, F. 1980. ''La langue wayãpi : Phonologie et grammaire'', Paris, SELAF, 121 p. [https://acervo.socioambiental.org/sites/default/files/documents/WAL00002.pdf]
* Grenand, F. 1980. ''La langue wayãpi : Phonologie et grammaire'', Paris, SELAF, 121 p. [https://acervo.socioambiental.org/sites/default/files/documents/WAL00002.pdf]
* Jensen, A. A. 1979. ''Comparação Preliminar das Línguas Emerillon e Oiampi no seu Desenvolvimento do Proto Tupi-Guarani'', Summer Institute of Linguistics. [https://www.sil.org/system/files/reapdata/62/79/31/62793177769601804799526986069253074897/WPCompar.pdf texte]  
* Jensen, A. A. 1979. ''Comparação Preliminar das Línguas Emerillon e Oiampi no seu Desenvolvimento do Proto Tupi-Guarani'', Summer Institute of Linguistics. [https://www.sil.org/system/files/reapdata/62/79/31/62793177769601804799526986069253074897/WPCompar.pdf texte]  
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* Jensen, C. J. 1982. 'Partículas em Wayãpi', Sociedade Internacional de Lingüística.
* Jensen, C. J. 1982. 'Partículas em Wayãpi', Sociedade Internacional de Lingüística.
* Jensen, C. J. 1984. ''O desenvolvimento histórico da lingua Wayampi'', Thèse de doctorat, Universidade de Campinas. [https://repositorio.unicamp.br/acervo/detalhe/51508 texte]  
* Jensen, C. J. 1984. ''O desenvolvimento histórico da lingua Wayampi'', Thèse de doctorat, Universidade de Campinas. [https://repositorio.unicamp.br/acervo/detalhe/51508 texte]  
* Jensen, C. J. 2022. 'Word Order in Oiampí', Summer Institute of Linguistics.
* Jensen, C. J. 1989. ''The Historical Development of the Wayampi Language'', Editora da UNICAMP.
* Jensen, C. J. 1989. ''The Historical Development of the Wayampi Language'', Editora da UNICAMP.
* Olson, G. 1978. ''Descrição Preliminar de Orações Wajãpi'', Sociedade Internacional de Lingüística, Cuiabá, MT. [https://www.sil.org/resources/archives/3460 texte]  
* Olson, G. 1978. ''Descrição Preliminar de Orações Wajãpi'', Sociedade Internacional de Lingüística, Cuiabá, MT. [https://www.sil.org/resources/archives/3460 texte]  
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=== corpus ===
=== corpus ===
Key, Mary Ritchie & Comrie, Bernard (eds.) 2015. The Intercontinental Dictionary Series. Leipzig: Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology. https://clics.clld.org/languages/ids-292
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=== outils informatiques ===
=== outils informatiques ===

Dernière version du 15 juillet 2026 à 02:34

Le wayãpi (prononcé [wajã'pi]) est attesté dans la littérature sous un ensemble d’orthographes reflétant la diversité des traditions descriptives et des contextes de collecte. Parmi les formes relevées figurent notamment wayampi, oiampí, oyampí, oyapí, wajapi et wayãpi. Ces variantes témoignent à la fois de l’évolution des pratiques de transcription et des influences linguistiques propres aux chercheurs ayant travaillé sur cette langue. Dans les publications contemporaines, la forme wayampi s’est imposée comme la graphie la plus courante en anglais et en portugais, tandis que la tradition francophone privilégie aujourd’hui l’usage de wajãpi.

Aire géographique :

Le wayãpi est une langue de Guyane française également parlée au Brésil. En Guyane, il est employé par plusieurs communautés établies le long du fleuve Oyapock, où il constitue la langue quotidienne de la vie familiale et communautaire. Au Brésil, il est utilisé dans l’ouest de l’État d’Amapá, au sein de la Terre indigène wayãpi. Selon les données du SIL publiées en 2008, la langue pourrait également être parlée de manière sporadique sur la rivière Paru de l’Est, dans le nord‑est du Pará, bien que cette information n’ait pas été confirmée et demeure donc incertaine.

Situation typologique (famille de langues) :

Le wayãpi est une langue amérindienne appartenant à la famille tupi‑guarani, rattachée à la branche VIII dans la classification historique proposée par Rodrigues et Cabral (1984). Cette famille s’inscrit elle‑même dans le phylum des langues tupi.

Avec le teko, le wayãpi constitue l’une des langues tupi‑guarani situées à l’extrémité nord de l’aire actuelle de diffusion de la famille. Bien que la classification le place à proximité du teko, le wayãpi s’en distingue nettement. Les deux langues présentent certains traits grammaticaux communs, mais leurs systèmes phonologiques et leurs lexiques diffèrent de manière substantielle. On observe également un nombre significatif de faux amis, ce qui rend l’intercompréhension difficile, à l’exception des contextes de contact étroit comme celui de Camopi.

Principaux dialectes : Les parlers wayãpi se répartissent en deux grandes aires dialectales.

Le wayãpi septentrional, également appelé wayãpi de l’Oyapock, est parlé en Guyane française au sein de deux communautés distinctes. Au nord se trouve Camopi, où les Wayãpi vivent en cohabitation avec les Teko. Plus au sud, la communauté de Trois Sauts se répartit en quatre villages, Yawapa, Pina, Zidoc et Roger. Les variétés parlées à Camopi et à Trois Sauts présentent un degré élevé de proximité, bien que quelques différences mineures puissent être observées.

Le wayãpi méridional, ou wayãpi‑puku, est quant à lui parlé au Brésil dans une centaine de villages situés dans la Terre indigène wayãpi, une vaste région forestière délimitée par les rivières Amapari, Jari et Inipucú. Deux variantes très proches sont généralement distinguées, celle de l’Amapari et celle du Jari. Le wayãpi méridional diffère du wayãpi septentrional sur les plans phonologique, grammatical et lexical, mais ces divergences n’entravent pas l’intercompréhension, qui demeure aujourd’hui très bonne.

[code ISO-639] : oym

Sociologie de la langue

critères de vitalité selon l'UNESCO

Cette partie renseigne les 9 principaux facteurs d'évaluation de la vitalité d'une langue selon l'Unesco (2003).

Transmission inter-générationnelle de la langue

Facteur 1 : La transmission intergénérationnelle du wayãpi demeure assurée dans la majorité des communautés, tant en Guyane française qu’au Brésil. À ce jour, la pression linguistique exercée par le français et le portugais ne semble pas compromettre la continuité de la transmission. La langue est utilisée quotidiennement par l’ensemble des générations. Dans certains cas, notamment parmi quelques personnes âgées et certaines femmes, le wayãpi constitue la seule langue parlée.

Nombre absolu de locuteurs

Facteur 2 : Selon socioambiental.org (2023), les recensements des années 1990 indiquaient 498 Wayãpi au Brésil (1994) et 412 en Guyane française (1992). La croissance démographique s’est ensuite accélérée, en raison d’une baisse de la mortalité infantile et, en Guyane, d’une sédentarisation désormais quasi généralisée. D’après Léglise et Migge (2007 : 267), Trois Sauts comptait environ 500 locuteurs en 1999, tandis que Camopi en regroupait approximativement 700. SIL.org (2008) estime qu’au début des années 2000, plusieurs milliers de personnes parlaient le wayãpi. En l’absence de recensement récent, la population wayãpi de Guyane française était évaluée à environ 2000 individus au début des années 2010. Au Brésil, les données sont plus précises : en 2019, l’IEPÉ dénombrait 1454 Wayãpi dans la Terre indigène wayãpi.

Proportion de locuteurs dans la population globale

Facteur 3 : Au Brésil, où le wayãpi est largement enseigné à l’école primaire, la proportion de locuteurs est de 100 %. En Guyane française, malgré l’absence d’un enseignement complet en wayãpi, la proportion semble également atteindre 100 %. À Trois Sauts, tous les membres de la communauté parlaient encore le wayãpi comme langue première. À Camopi, où le plurilinguisme est plus marqué, la situation sociolinguistique reste moins bien documentée.

Tendances dans les domaines des langues en présence

Facteur 4 : La situation linguistique se caractérise par une diglossie dont l’intensité varie selon les communautés. Malgré une maîtrise croissante du français en Guyane et du portugais au Brésil, l’usage de ces langues dominantes demeure principalement associé aux interactions officielles ou publiques impliquant des acteurs extérieurs (personnel médical, représentants de l’ordre, commerçants). Le wayãpi reste la langue privilégiée dans les contextes quotidiens et intra‑communautaires. On observe par ailleurs un nombre significatif d’emprunts lexicaux au français, au portugais et, en Guyane, aux langues créoles environnantes.

Réponse aux nouveaux domaines et médias

Facteur 5 : Le degré d’intégration du wayãpi dans les nouveaux domaines de communication et les médias contemporains reste limité et dépend fortement des initiatives locales. Quelques projets éducatifs ou culturels favorisent l’usage de la langue dans des supports modernes, mais l’accès aux technologies numériques demeure inégal selon les communautés. La présence du wayãpi dans les médias écrits, audiovisuels ou en ligne reste marginale.

Matériel pédagogique et accès à l'écrit

Facteur 6 = 2 (en Guyane française) ; 3, voire 4 (au Brésil)

En Guyane française, l’accès à l’écrit en wayãpi demeure limité et repose essentiellement sur quelques documents pédagogiques élémentaires produits dans le cadre scolaire. Ces supports, tels que des abécédaires, des listes lexicales ou des exercices à trou, ont été élaborés par des membres de l’Éducation nationale ne parlant pas le wayãpi, à partir d’un système d’écriture strictement phonétique introduit par des ethnologues français dans les années 1970. Quelques récits vidéo illustrés, réalisés en milieu scolaire et racontés par des enfants wayãpi, utilisent également ce même système graphique. De manière générale, les Wayãpi de Guyane ont fini par adopter cette orthographe, bien qu’elle comporte certains signes empruntés à l’Alphabet Phonétique International, difficiles à saisir avec un clavier standard. Malgré ces contraintes, les locuteurs utilisent largement l’écriture dans leurs communications quotidiennes par messagerie ou sur les réseaux sociaux, en recourant à diverses adaptations graphiques, comme l’emploi du signe plus pour noter le phonème /ɨ/, l’omission du trait de nasalité ou une certaine fluctuation dans la notation des voyelles et la segmentation des mots.

Au Brésil, l’accès à l’écrit est nettement plus développé. L’IEPÉ, institution chargée notamment de la formation d’enseignants wayãpi dans le cadre d’un enseignement bilingue wayãpi-portugais, a produit un ensemble varié de supports pédagogiques. Le système d’écriture utilisé s’inscrit dans la tradition graphique des langues tupi‑guarani du Brésil, du Paraguay, de Bolivie et d’Argentine, et présente l’avantage de n’utiliser que des caractères accessibles sur un clavier usuel. Au cours des années 2000, plusieurs adultes wayãpi, désignés comme chercheurs et enseignants wajãpi, ont été formés pour consigner par écrit leurs savoirs dans le cadre d’un projet mené notamment par l’anthropologue Dominique Gallois. Ce travail a abouti à la constitution d’un corpus monolingue relativement important pour une langue amazonienne, dont seule une partie est librement accessible en ligne. Par ailleurs, grâce aux initiatives de plusieurs anthropologues brésiliens, il existe également des documents en wayãpi portant sur divers aspects sanitaires. L’alphabétisation en langue maternelle étant ancienne et les réseaux de téléphonie mobile plus développés qu’en Guyane, les Wayãpi du Brésil utilisent massivement ce système d’écriture dans leurs communications numériques quotidiennes.

Enfin, il convient de mentionner l’existence de documents évangéliques en langue wayãpi, principalement au Brésil. Parmi ceux-ci figurent une version en wayãpi de l’Amapari, en audio et sous-titres, du film Jésus de Peter Sykes et John Krish, une traduction libre du Nouveau Testament en wayãpi de l’Amapari, ainsi que quelques contenus vidéo relatant des passages bibliques en wayãpi de Guyane.

Politique linguistique

Facteur 7 = 1 'assimilation forcée' (en Guyane française) ; 3 'assimilation passive (au Brésil)

En Guyane française, la politique linguistique appliquée aux populations wayãpi relève d’une logique d’assimilation active, parfois qualifiée de forcée dans la littérature spécialisée. Le français, seule langue officielle, occupe l’ensemble des domaines institutionnels, et l’État ne reconnaît aucun statut particulier au wayãpi, la France ayant signé mais non ratifié la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. À l’école primaire, l’enseignement du wayãpi se limite à une heure hebdomadaire au maximum, ce qui ne permet pas de structurer une véritable politique éducative en langue maternelle. Aucun spécialiste de la langue, qu’il s’agisse de phonologues ou de grammairiens, n’est sollicité pour élaborer, en collaboration avec les communautés, du matériel pédagogique ou didactique adapté. Dans ce contexte, la transmission et la valorisation du wayãpi reposent essentiellement sur les pratiques internes aux communautés, sans soutien institutionnel significatif.

Au Brésil, la situation est sensiblement différente. Le pays a signé et ratifié la Convention 169 de l’Organisation internationale du travail, qui reconnaît aux populations autochtones des droits spécifiques, notamment en matière d’éducation. Bien que le portugais demeure la seule langue officielle, l’existence de Terres indigènes permet la mise en place d’un enseignement bilingue, dans lequel le wayãpi occupe une place importante. L’attitude du gouvernement central à l’égard des populations autochtones varie toutefois selon les orientations politiques, ce qui peut influer sur l’ampleur des programmes de soutien. Malgré ces fluctuations, le cadre juridique et le travail mené par certains organismes publics, tels que la FUNAI, ainsi que par des organisations indigénistes comme l’IEPÉ ou l’Instituto Socioambiental, contribuent à renforcer la protection des langues et des cultures autochtones, y compris celle des Wayãpi. Ces institutions jouent un rôle essentiel dans la promotion de l’enseignement bilingue, la formation d’enseignants autochtones et la production de matériel pédagogique en langue wayãpi.

Attitude des membres de la communauté vis-à-vis de la langue

Facteur 8 = 4 (en Guyane française) ; 5 (au Brésil)

Les Wayãpi manifestent un attachement profond à leur langue, tant en Guyane française qu’au Brésil. Dans les deux contextes, le wayãpi demeure un marqueur identitaire central et un élément structurant de la vie communautaire. Toutefois, en raison de la transmission intergénérationnelle encore très solide et de l’isolement relatif de certaines communautés, notamment à Trois Sauts et dans la région du Jari, la perception du risque de transfert linguistique reste limitée. La vitalité actuelle de la langue tend à masquer les pressions externes qui pourraient, à terme, fragiliser son usage.

Ce risque est accentué par les attitudes observées chez une partie des jeunes générations, qui, à l’adolescence, expriment parfois un rejet des pratiques culturelles traditionnelles. Ce phénomène est particulièrement marqué en Guyane française, où la situation sociale est plus dégradée qu’au Brésil et où les dynamiques de marginalisation, de scolarisation en français et de contact intensif avec les institutions extérieures peuvent contribuer à une distanciation vis‑à‑vis de la langue et de la culture wayãpi. Au Brésil, bien que des évolutions similaires puissent être observées, elles semblent moins prononcées, en partie grâce au cadre juridique plus favorable et à la présence d’un enseignement bilingue structuré.

Quantité et qualité de documentation

Facteur 9 = 2

La documentation linguistique disponible sur le wayãpi reste limitée et ne permet pas encore de disposer d’une description complète de la langue. Pour le wayãpi septentrional, les ressources publiées se concentrent principalement sur une description grammaticale ancienne et sur un dictionnaire bilingue couvrant surtout les domaines de la faune, de la flore et de l’artisanat. Ces travaux constituent des jalons importants, mais ils ne fournissent qu’une vision partielle de la structure phonologique et morphosyntaxique, et ne reflètent pas toujours les usages contemporains de la langue.

Concernant le wayãpi méridional, la documentation repose sur un ensemble de travaux produits au fil des décennies, incluant des descriptions préliminaires de la phonologie, des analyses de phénomènes morphosyntaxiques particuliers, ainsi que des études portant sur le développement historique de la langue. Plusieurs contributions récentes proposent des descriptions plus détaillées de la phonétique et de la phonologie du dialecte de l’Amapari, ainsi que des synthèses typologiques. Toutefois, une partie significative de ces travaux demeure difficile d’accès, soit parce qu’elle a été publiée dans des supports internes ou spécialisés, soit parce qu’elle n’est pas diffusée librement.

Dans l’ensemble, la documentation existante, qu’elle concerne le wayãpi septentrional ou le wayãpi méridional, reste fragmentaire. Elle ne permet pas encore de couvrir de manière exhaustive la diversité dialectale, les évolutions historiques ou les pratiques linguistiques actuelles. Cette situation justifie l’évaluation du facteur 9 à un niveau faible, malgré l’existence de travaux ponctuels de grande qualité et l’émergence récente de descriptions plus détaillées.

études sociolinguistiques

  • Alby, S. & I. Léglise. 2005. 'L'enseignement en Guyane et les langues régionales, réflexions sociolinguistiques et didactiques', Marges Linguistiques 10. texte.
  • Léglise I. & B. Migge (dir.). 2007. Pratiques et représentations linguistiques en Guyane : regards croisés. Paris, IRD Editions. texte.
  • DGLFLF. 2004. Les langues en Guyane, Bulletin de l'observatoire des pratiques linguistiques, Langues et cité 3.
  • Launey, M. 2012. 'Des linguistes à l'école en Guyane ou l'introduction de langues « mineures » dans un contexte glottophobe', Cahier de l'Observatoire des pratiques linguistes 3, Délégation générale à la langue française et aux langues de France, 129-140. texte
  • Launey, N. 2014. 'L’accès à l’éducation chez les Amérindiens de Guyane : comparaison entre les politiques menées chez les Wayampis du Brésil et de Guyane' [Document non publié] texte
  • Tritsch, I. 2013. Dynamiques territoriales et revendications identitaires des Amérindiens wayãpi et teko de la commune de Camopi, Thèse de doctorat, Université Antilles Guyane. texte.

ouvrages pédagogiques

  • Olson, R. 1978. Dicionário por tópicos nas línguas oiampi (wajãpi) - português, Sociedade Internacional de Lingüística, Cuiabá, MT. texte
  • Grenand, F. 1989. Dictionnaire wayãpi-français. Paris, CNRS Editions.

corpus papier

  • Grenand, F. 1978. La tortue et le jaguar : Mythe wayãpi (Guyane), Amerindia 3, 183-194.
  • Jensen C. J. 1993. Wayampi Texts - Amapari Dialect, Summer Institute of Linguistics.
  • Jensen C. J. 1993. Wayampi Texts - Jari Dialect, Summer Institute of Linguistics.
  • Olson, G. 1976. 18 Histórias no Dialeto Jarí, Sociedade Internacional de Lingüística, 23 p.
  • Olson, G. 1977. Wajãpi Stories of Enchanted Beings, Summer Institute of Linguistics, 30 p.
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2005. Taa rewarã, São Paulo, Apina & Iepé. [1]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2006. Ija mã'ë kõ, São Paulo, Apina & Iepé. [2]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2006. Moraita rewarã, São Paulo, Apina & Iepé. [3]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2007. Javĩ rewarã, São Paulo, Apina & Iepé. [4]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2008. Jane rekoa werã, São Paulo, Apina & Iepé. [5]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2008. Jimotekokuwa, São Paulo, Apina & Iepé. [6]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2008. Jane reko rẽ jimo'ea, São Paulo, Apina & Iepé. [7]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2008. I'ã, São Paulo, Apina & Iepé. [8]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2009. Jane reko mokasia, São Paulo, Apina & Iepé. [9]
  • Pesquisadores e professores Wajãpi. 2012. Temitãgwerã kõ rẽ jimo'ea, São Paulo, Apina & Iepé. [10]
  • Renault-Lescure O., F. Grenand & E. Navet. 1987. Contes amérindiens de Guyane, Paris, CILF, 160 p.

Linguistique

descriptions linguistiques

  • Carvalho, F. O. 2026. 'An outline of the phonetics and phonology of the Amapari dialect of Wajãpi (Tupi-Guarani)', ms. texte.
  • Carvalho, F. O. 2023. Wajãpi (Brazil, French Guiana) – Language Snapshot, Language Documentation and Description, 23(1):5. [11]
  • Grenand, F. 1980. La langue wayãpi : Phonologie et grammaire, Paris, SELAF, 121 p. [12]
  • Jensen, A. A. 1979. Comparação Preliminar das Línguas Emerillon e Oiampi no seu Desenvolvimento do Proto Tupi-Guarani, Summer Institute of Linguistics. texte
  • Jensen, A. A. 1977. 'Preliminary Phonology Statement Oiampí', Summer Institute of Linguistics.
  • Jensen, A. A. 1980. 'Paragraph Boundaries in Oiampí', Summer Institute of Linguistics.
  • Jensen, A. A. 1994. 'Wayampi', Typological Studies in Negation, ed. by P. Kahrel and R. van den Berg, Amsterdam, John Benjamins, pp. 343-364.
  • Jensen, C. J. 1982. 'Partículas em Wayãpi', Sociedade Internacional de Lingüística.
  • Jensen, C. J. 1984. O desenvolvimento histórico da lingua Wayampi, Thèse de doctorat, Universidade de Campinas. texte
  • Jensen, C. J. 1989. The Historical Development of the Wayampi Language, Editora da UNICAMP.
  • Olson, G. 1978. Descrição Preliminar de Orações Wajãpi, Sociedade Internacional de Lingüística, Cuiabá, MT. texte

linguistique formelle

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Ressources numériques

corpus

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outils informatiques

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applications

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bibliographie TAL

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